Notre sortie à l’écomusée des goémoniers et de l’algue de Plouguerneau

    Le vendredi 29 mars, nous sommes allés visiter l’écomusée des goémoniers et de l’algue à Plouguerneau. Toute l’école y est allée. Nous étions accompagnés par les parents de Damien et Manon, la mère d’Abel, Fanny, Marie-Pierre et Marie-Louise Guivarch (Maire-Adjointe aux affaires scolaires). Nous avons pris le bateau de 9h00 et puis on a pris l’autocar à 9h30 . Le trajet en car a duré à peu près une heure.
    Quand nous sommes arrivés là bas, nous avons été accueillis par une animatrice. Les plus petits sont allés regarder des diapositives et les plus grands sont allés visiter le chantier de charpente-marine de M. Le Got.
    Après on est arrivé au musée des goémoniers et on nous a donné des questionnaires. Nous avons alors effectué une première visite. Puis on a repris l’autocar pour aller sur le site du Korejou situé à environ 3 kilomètres. Là, les petits sont allés récolter des algues sur l’estran et les grands (les grande section, les CP, les CE1, les CM1 et Les CM2) se sont fait expliquer le fonctionnement du « four à goémon » par une ancienne goémonière, Valentine Le Pors.
    On a ensuite pique-niqué tous ensemble puis nous sommes repartis au musée des goémoniers. Là, nous avons fait une visite complète du musée. On a vu les anciens instruments, les différentes sortes d’algues, leur utilisation, etc… C’était très intéressant.
    Puis, vers 15h15, nous avons repris l’autocar pour Roscoff. On a repris le bateau de 16h30.

        Sylvain (CM1)


Rencontre avec Valentine Le Pors
Ancienne goémonière, qui nous a présenté un four à goémon sur le site du Korejou

    « Je suis donc Valentine, une ancienne goémonière, fille de goémonier. J’ai fait ce métier dès mon plus jeune âge, car, à l’époque, on nous mettait au travail très tôt. On s’occupait du travail à la maison mais aussi du goémon. Quand les grands « allaient au goémon », les enfants allaient aussi. On les envoyait même dans le bateau.
    Voilà le four à goémon (nous sommes au pied du four et Valentine nous le décrit).
    A chaque extrémité, il y a une petite ouverture qui permet, je dirais, le passage de l’air de manière à activer le feu quand le goémon brûle ou plutôt quand le goémon se consume. Dans ce four, il y a des cases séparées par des petites cloisons tous les cinquante ou soixante centimètres. C’est pour faciliter le démoulage des pains de soude, le lendemain du brûlage. Si on attend trop tard pour le démouler, il est trop dur, on ne réussit pas à le démouler et on le casse. Le pain de soude, c’est les cendres du goémon, quand il est brûlé. Ce sont ces cendres que l’on livrait à l’usine de l’Aberwrach à l’époque. Ces cendres étaient payées en fonction de leur teneur en iode. Car c’était de l’iode qu’on en retirait jusqu’aux années cinquante.
    Pour brûler du goémon bien sûr, il faut avoir du goémon. Pour avoir du goémon, il faut aller à la pêche. A l’époque, on coupait le « tali » (laminaires) à la faucille quand il y avait un gros coefficient de marée.
    Donc il y avait le père ou l’aîné des garçons dans le bateau qui coupaient avec la guillotine qui est une grande faucille avec un long manche en bois de cinq à six mètres. Il faut avoir le coup et être très adroit pour couper d’un seul coup de guillotine la lanière et rattraper les lanières coupées de manière à ce que tout ne reste pas dans l’eau et qu’on puisse en mettre un peu dans le bateau. Ce n’était pas évident. Les jours de grands coefficient comme aujourd’hui (coeff. 117), les femmes et les enfants allaient aussi au travail. On nous déposait sur un rocher , on avait une petite faucille, une faucille spéciale pour le goémon. On coupait du goémon et on le mettait sur la roche la plus haute pour que la mer ne l’attrape pas à nouveau et les hommes venaient en canot les chercher pour l’envoyer dans le bateau. Il fallait faire vite parce que la marée ne durait pas longtemps. Alors il fallait en récolter au maximum. Quand la mer était haute, les bateaux arrivaient ici. On avait déjà amené la charrette et le cheval sur place. Tantôt les chevaux étaient attachés à la charrette, tantôt ils étaient dans leur endroit habituel où on les laissait en liberté. C’était la femme qui descendait avec le cheval pour décharger le bateau. Il y avait une manière de faire pour mettre le cheval « à cul » avec le bateau (l’arrière à toucher le bateau). Donc le cheval avançait dans l’eau. Arrivé à une certaine distance du bateau, on le faisait tourner comme une voiture et, en le dirigeant, on disait au cheval : « Allez ! Cul ! Cul ! Cul ! Et puis bord de cul jusqu’au bateau ». Arrivé au bateau, on avait un grand crochet en ferraille qu’on accrochait à la roue de manière à ce que le cheval ne parte pas en cours de chargement. Après, on remontait sur la dune et, s’il y avait suffisamment de monde et que le temps soit beau, eh bien on se mettait tout de suite à étaler le goémon. C’était du goémon qu’il ne fallait pas laisser sur la dune car le laminaire craint énormément l’eau. Il perd toutes ses propriétés. On ne brûlait que du laminaire. Pour le brûlage du goémon, il fallait avoir au moins cinq tonnes de goémon sec et il fallait cinq tonnes de goémon vert pour faire une tonne de goémon sec.
    Le goémon, on le séchait en trois jours, puis on le laissait en petites mottes (je dirai comme des meules de foin) et ensuite, par jour de beau temps, on démolissait le tout et on le mettait en grands tas en attendant de le brûler. Quand on brûlait, on commençait bien sûr de bonne heure le matin parce que, le problème, c’est que tout le monde n’avait pas de four. A l’époque, il y avait ici, au Korejou de 70 à 80 bateaux. Donc, il y avait de 70 à 80 à vouloir brûler. Dans un grand four comme celui ci, s’il n’y avait pas beaucoup de goémon, il y en avait un qui prenait la moitié du four et l’autre, l’autre moitié, ou alors, on attendait le lendemain. Et les femmes venaient aussi. Cela se voit dans le film « Dieu a besoin des hommes » où l’on reconnaît une femme de chez nous, avec sa coiffe comme on en portait à l’époque, alimenter le four. On cassait aussi la croûte sur place.
    On commençait à brûler le goémon vers la Saint-Jean jusqu’en septembre-octobre suivant les marées. On commençait à récolter à partir du 15 avril jusqu’à la dernière marée d’octobre.
    On a fait ça jusque dans les années 50. Après, chacun séchait son goémon et livrait dans les usines. Il y avait une usine près d’ici. Mais, comme on ne voyait pas brûler le goémon sur place, souvent les goémoniers étaient « roulés ». Mon père était à l’époque président du syndicat des goémoniers et il allait à vélo de Roscoff jusqu’au Conquet parler aux goémoniers. Mais, à l’époque, les syndicats n’existaient pas beaucoup. Si bien qu’il était mal perçu par la population car il fallait payer une cotisation et, dans l’esprit des gens, cette cotisation, il « se la mettait dans la poche ».


Rencontre avec Jean-Louis Le Got dans son atelier de charpente marine à Plouguerneau
(fabrication traditionnelle de bateaux goémoniers)

    M. Le Got nous introduit d’abord dans son atelier. Il nous présente ensuite le bateau qu’il est en train de construire en ce moment. C’est son propre bateau et le dernier qu’il construit. Il s’était dit : « Quand je serai en retraite, je ferai un bateau pour moi. C’est ce que je suis en train de faire. J’ai commencé l’année dernière. »

Combien de temps faut-il pour construire un bateau comme celui là ?
   En travaillant 10 heures par jour (de mon temps on travaillait 10 heures par jour), il faut 4 ou 5 mois en ne faisant que ça, tout seul. Quand on a un aide, on gagne du temps.

Qu’est-ce que vous utilisez comme bois ?
   Du bois du pays : du frêne, du sapin, du chêne et un bois exotique, l’iroko. Tous les massifs sont soit en chêne, soit en iroko. Sur ce bateau par exemple, le massif d’étambot, la pièce où l’on met la cage d’hélice, c’est de l’iroko. La quille est aussi en iroko. L’étrave, c’est du chêne. On arrive encore à avoir de grosses pièces de chêne. Les membrures, les côtes du bateau comme on dit, sont en chêne. Par le passé, c’était de l’acacia ou de l’orme et du platane pour la quille. J’ai même vu des bateaux tout en orme. Le platane, tant qu’on le laisse dans l’eau, c’est bon. Mais quand on le rentre et quand on le sort, il pourrit en vitesse. Le « Karreg hir » (goémonier traditionnel de Plouguerneau) que vous allez voir tout à l’heure, a des bordées en chêne (du chêne d’Amérique que j’avais trouvé). Ici, la partie hors d’eau, c’est du sapin, un sapin d’Oregon. Le dessus, ce qu’on appelle « le plat bord » est fait en chêne.

Vous n’avez pas trop de difficultés à vous procurer tous ces bois de qualité ?
   Si ! Quand j’ai commencé à travailler, on allait abattre des arbres dans les bois du coin. Maintenant, on n’en trouve plus. Il faut aller les chercher dans les Monts d’Arrée. Il faut trouver des petits scieurs ; autour d’Huelgoat, il y en a encore quelques uns. Autrement, il faut aller en Mayenne. Je me suis fâché à plusieurs reprises avec mon marchand de bois qui « prenait » en Mayenne. J’ai fini par lui donner les formes de membrures pour montrer aux abatteurs les courbes dont j’avais besoin. Dans une scierie, pour gagner du temps, on coupe toujours au pi de façon à avoir des droites. C’est plus facile à scier.

Comment faites-vous pour donner une courbe au bois ?
   Toute cette partie ci (M. Le Got nous montre sur le bateau) a été faite uniquement en appuyant, en forçant sur le bois. On ne met pas des morceaux trop large pour que ça cintre facilement. Par contre, toutes les grosses pièces, là, sont passées à la vapeur. Même celle ci qui fait cinq centimètres d’épaisseur. Elle est restée dans l’étuve, dans la vapeur, pendant au moins trois heures. Le morceau de bois était donc imprégné de vapeur et, à la presse, je l’ai mis en place. Ca c’est un travail difficile quand on est tout seul ; il faut avoir la technique. J’ai des repères quand je les pose à plat puis je prends un serre-joints et je l’applique avec.

Combien pèse un bateau comme celui là ?
   Celui là doit faire 1,5 tonne.

Combien avez-vous fait de bateaux dans votre vie ?
   Je n’ai jamais compté. Il y a de moins en moins de bateaux en bois. Le plastique a tué un peu le boulot. Quand j’ai commencé à travailler avec le père, on sortait, comme ça, trois coques par an, plus les annexes, les 3 m-3,60 m. Moi, j’ai vu faire une dizaine d’annexes comme ça dans l’année, en plus des autres bateaux. Ces canots se faisaient avec les chutes des grands bateaux…

Quelle différence y a t-il entre la fabrication d’un goémonier moderne et celle d’un goémonier traditionnel ?
   Maintenant, on a un bateau très fort, très large avec un arrière carré par rapport à celui qui se trouve dans l’atelier, qui est plus fin. Au niveau du travail, c’est la même chose.

Les « Chantiers Le Got » n’existent plus. Qu’est ce qu’il reste comme chantiers maintenant ?
   Les chantiers traditionnels disparaissent au fur et à mesure. Il n’y a que le plastique qui tient le coup, surtout les grandes sociétés. Le chantier le plus proche est le chantier Bégoc à Saint-Pabut. « Dans le goémonier », il n’y en a plus beaucoup.

En quelle année avez-vous commencé à travailler ?
   J’ai commencé à travailler en 1955. J’ai pris l’atelier, ici, en 1968. A cette époque là, ce n’était pas les 35 heures. On était plus près des 80 que des 35.

Quels outils utilisez-vous ?
   Pour tracer, il faut toujours un crayon et un mètre. Quand on a tracé, il faut débiter. Pour débiter, c’est la scie. Quand on a scié, après il faut raboter. Il y a toute une panoplie de rabots : des rabots plats, des rabots cintrés avec de formes différentes, des petits rabots de finition. On a aussi des gouges, des vilebrequins pour faire des trous. Souvent, avant de mettre un clou, on fait d’abord un trou. Si on ne le faisait pas, le bordée se fendrait. Il y a aussi les marteaux. Il y en a de différentes formes et de différentes tailles. Il y a des ronds, des carrés… Et les clous. Ils sont aussi de différentes tailles. Il faut toujours un clou qui mesure trois fois l’épaisseur de la pièce que l’on fixe. (Si la pièce fait un centimètre, on prend un clou de trois centimètres, encore faut-il que la pièce qui est derrière soit assez profonde). Il faut toujours mettre le clou à couper la fibre du bois plutôt que de passer à travers la fibre du bois. Si on passe dans le sens de la fibre, le clou va éclater le bois. Maintenant, on ne trouve plus de bons clous. Ceux que j’utilise viennent du Portugal.

Qu’utilisez-vous encore ?
   On utilise aussi de l’étoupe. On s’en sert pour faire le joint entre chaque planche. Après, on mastique. On passe ça sur toutes les bordées. En ce qui concerne le bateau que je suis en train de construire, il y a au moins quatre jours de travail à ne faire que ça. Il ne faut pas que l’eau puisse passer. Après, quand le bois gonfle avec l’humidité, il serre ce fil là et ça fait un joint. C’est du chanvre. On a du mal à en trouver maintenant.

        Nous remercions chaleureusement M. Le Got pour nous avoir fait partager avec enthousiasme et passion son savoir et son savoir-faire.

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